
Un célèbre adage a fait ses preuves sur les marchés financiers depuis plusieurs décennies : « Don't fight the FED ». Pour les investisseurs comme vous et moi, ce n'est pas un slogan anecdotique du coin de la rue. Il reflète concrètement le pilier du capitalisme financiarisé. Au moment où le régime de marché bascule avec des pressions inflationnistes et des taux d'intérêt élevés, l'indépendance de la banque centrale des États-Unis est mise à rude épreuve. D'autant que le marché craint que sa politique monétaire se range au service du budget de la Maison Blanche.
Peut-on encore se fier aux actions de la FED et son pouvoir institutionnel ? Sommes-nous à l'abri d'une erreur de politique monétaire qui entraverait l'hégémonie du dollar ? Quelles sont les conséquences sur nos portefeuilles ? Dans cet article, nous allons explorer avec pragmatisme, ces questions qui exigent des réponses, tout en réfléchissant sur les limites de l'indépendance de la FED dans un contexte politique et géopolitique à caractère disruptif.
La FED est le garde-fou des marchés
Quand le président de la FED intervient en public, les investisseurs scrutent attentivement ses paroles. Pour preuve, depuis ses premières interventions monétaires à la suite de la crise des subprimes, il existait une corrélation incroyable entre l'augmentation de la masse monétaire américaine et l'évolution du S&P 500 et du Nasdaq Composite. Sous-estimer le cycle des taux directeurs conduirait à une mauvaise allocation du capital, comme l'exposition sur les matières premières au cours des années 2010 qui a valu une sous-performance de long terme par rapport à la moyenne du marché
Les multiples QE (fournitures de liquidité sur les marchés), principaux moteurs d'une politique monétaire accommodante, ont permis l'envolée des multiples de valorisation, des allègements de la prime de risque et des taux d'intérêt, ainsi qu'une recherche décuplée de l'appétit pour le risque. Dans le cas inverse, un resserrement monétaire comme celui de 2022, a exercé une pression sur les valorisations d'actifs à longue duration, notamment sur les obligations longues échéances et les actions de croissance. Le manque de liquidité incite les investisseurs à rester à l'écart des classes d'actifs spéculatives.
Malheureusement, les investisseurs qui entrent sur les marchés au mauvais moment du cycle, peinent à comprendre l'influence d'une banque centrale. Le marché obligataire a plus d'importance à ses yeux, car il est considéré comme un faiseur de vérité par rapport au marché actions.
L'indépendance des décisions monétaires mise à rude épreuve
Depuis le début du second mandat présidentiel de Donald Trump, la FED se retrouve sous pression à chaque réunion monétaire. Son statut lui confère de se soucier de la stabilité des prix sur le long terme et la dynamique du marché de l'emploi. Cependant, les ambitions budgétaires du numéro un de la Maison Blanche divergent par rapport à la faible marge de manœuvre de la FED pour dicter les mouvements de marché. Ainsi, l'indépendance de la banque centrale américaine se révèle être un sujet sensible.
Nous sommes confrontés à une dominance fiscale, c'est -à-dire une situation économique qui se produit lorsque le niveau d'endettement et de déficit sont trop élevés pour que la politique monétaire ne soit plus un outil efficace pour enrayer l'inflation. Les investisseurs soulignent que la FED reste sur la retenue, par peur de provoquer des mouvements brutaux sur les marchés. Ce fameux « put de la FED », servant de roue de secours pour les investisseurs, n'est-il pas le signe d'un manque d'indépendance à tous les niveaux ?
Des taux d'intérêt durablement élevés dans un environnement de déficit constant risquent, en fait, de maintenir des pressions inflationnistes. Ainsi, la FED pourrait s'appuyer sur des mauvais outils basés sur des modèles qui ont fonctionné dans le passé, sans tenir compte des changements disruptifs qui soutiennent une inflation collante à ce jour.
Restez pragmatique
Don't fight the FED ne signifie pas que vous devez rester les bras croisés. Lorsque la FED affiche une posture accommodante ou « dovish », il vaut mieux rester investi sur les marchés, en particulier sur les actifs qui bénéficient de l'argent bon marché : les actions de croissance, les small caps, les cryptomonnaies, les obligations à haut rendement, etc. Lorsque la banque centrale américaine privilégie une posture restrictive ou « hawkish », ce n'est pas le moment faire les malins en achetant aveuglément les creux de marché. Cette situation de marché implique à préserver votre capital jusqu'à nouvel ordre. Dans le meilleur des cas, les investisseurs se réfugieront sur les obligations de qualité disposant d'une notation de crédit supérieure (AAA à AA-), les actions défensives ou à cash flow récurrent et la liquidité.
Toutefois, anticiper prématurément un changement de cap de la FED sur la base de rumeurs est une erreur coûteuse. Le marché a prouvé qu'il peut rester irrationnel aussi longtemps que vous pensiez. Auquel cas, la FED peut tenir le cap jusqu'à ce que la douleur soit insoutenable à supporter.
En conclusion, Don't fight the FED est un adage boursier à appliquer avec lucidité et en concordance à la politique monétaire de la banque centrale. Lutter contre l'institution reviendrait à défier un monstre qui a plus d'un tour dans son sac. Cela étant, la persistance de l'inflation et le contexte géopolitique amènent les investisseurs à faire face à un potentiel basculement structurel. L'ignorer aurait des conséquences sur nos portefeuilles.